Les infirmiers manquent toujours de masques !

Par Xavier Bataille

Si la crise que nous traversons aura eu une vertu, c’est de mettre en lumière la pénurie de matériels dont souffre le secteur de la santé en France et notamment l’hôpital. Une pénurie chronique, à laquelle Olivier Véran a promis de répondre après l’épidémie, par un plan d’une ampleur inédite.

Qu’est ce qui a changé en un mois de “guerre”? Rien !

Début mars, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), après avoir reçu de nombreux témoignages signalant un « manque de masques FFP2 ou chirurgicaux et des patients non testés faute de moyens » a lancé une enquête, via son fichier d’inscrits à sa newsletter, auprès de 16 383 infirmiers, cadres infirmiers ou infirmiers spécialisés. Ce sondage révélait que 78 % des infirmiers indiquaient être confrontés à un manque de masques FFP2, 63 % de masques chirurgicaux et 53 % de SHA ; des résultats entachés cependant par un biais de recrutement certain.

Un mois plus tard, le syndicat a réitéré l’exercice et ainsi organisé une nouvelle enquête, du 31 mars au 4 avril 2020, à laquelle 32 047 personnes ont répondu.

Ses résultats signalent qu’après trois semaines de confinement et de “guerre” contre le virus selon le terme employé par le Président de la République : 81% des infirmiers constatent encore un manque de masques FFP2 (91% en psychiatrie et en libéral), de gel hydro-alcoolique (50 %) et de surblouses (59 %).

La pertinence de ces données pour apprécier la situation apparaît confortée par un « message d’alerte rapide sanitaire » du 3 avril émanant de la Direction générale de la Santé (DGS) qui recommande de laver et réutiliser les surblouses normalement à usage unique !

Dans le détail, ce sondage révèle encore concernant les infirmiers qui exercent dans un établissement de soins : que seuls 42 % ont un masque chirurgical toutes les quatre heures, conformément aux recommandations de bonnes pratiques (18% en psychiatrie !) ; 35% ont un seul masque par jour et 11% n’arrivent pas à s’en procurer (13 % dans les EHPAD), une situation plus fréquente en psychiatrie (36%). Pas plus de 12% des répondeurs disent avoir « autant de masques que nécessaire pour travailler ».

Ces deux enquêtes à un mois d’intervalle montrent donc que la situation ne semble pas avoir très favorablement évolué pour les infirmiers en France !

Olivier Véran : « spécialiste en bon de commande » !

Interviewé par France Télévision, le patron du SNPI, Thierry Amouroux exprime sa colère : « Monsieur Véran est un spécialiste en bons de commande, mais sur le terrain, on est toujours en situation de manque (…) et quand on entend monsieur Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, nous annoncer qu’on aura deux milliards de masques fin juin, c’est un peu se moquer du monde ».

Aussi, il rappelle « les premiers cas en France étaient le 24 janvier, les commandes de masques n’ont été faites que fin février, un mois après. Et pour les respirateurs (…) la commande n’a été faite que le 21 mars, il y a une dizaine de jours. Vous voyez le décalage entre nos besoins maintenant sur le terrain et les effets d’annonce sur (…) les commandes».

Espérons que le plan d’après-crise en faveur de l’hôpital ne souffrira pas du même retard à l’allumage…

JIM

avril 8, 2020

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