Hydroxychloroquine et Covid-19 : des résultats préliminaires et contradictoires

Par DAMIEN COULOMB

En une semaine, de nombreux résultats préliminaires et contradictoires se sont accumulés au sujet de l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le traitement de l’infection par le Sars-CoV-2. Le 30 mars dernier, l’équipe du Jean-Michel Molina (service des Maladies Infectieuses et Tropicales de l’hôpital Saint-Louis, AP-HP) publiait les premiers résultats d’un travail dans lequel ils ont tenté de reproduire, sans succès, ceux obtenus par l’équipe du Pr Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infections.

Les médecins de Saint-Louis ont recruté 11 patients hospitalisés, atteints de Covid-19. Les patients ont reçu 600 mg par jour pendant 10 jours et 500 mg d’azithromycine le premier jour, suivi de 250 mg par jours pendant 4 jours. Sur les 11 patients, 8 souffraient de comorbidités généralement associées avec un mauvais pronostic : obésité, cancer hématologique ou infection par le VIH. La quasi-totalité des patients (10 sur 11) étaient dans un état grave nécessitant une oxygénation nasale. Il s’agissait donc de patients globalement plus sévères que ceux traités à l’IHU Méditerranée Infection.

Un des patients a dû stopper le traitement au bout de 4 jours pour cause d’allongement du segment QT observable à l’électrocardiogramme. Des prélèvements nasopharyngés répétés étaient toujours positifs pour la présence de SARS-CoV-2 au bout de 6 jours. « Ces résultats contrastent avec ceux de Gautret (premier auteur de l’étude marseillaise) et de ses collaborateurs et jettent un doute sur l’efficacité antivirale » de l’association hydroxychloroquine/azithromycine, concluent les auteurs, qui rappellent « l’absence d’efficacité virologique ou clinique de la chloroquine dans un grand nombre d’infections virales où elle a été testée en prophylaxie ».

En Chine aussi, des résultats contradictoires

Ces données sont publiées quelques jours après la communication de nouveaux résultats de l’équipe du Pr Raoult portant, cette fois-ci sur 80 patients. Ces derniers ont reçu une association de 200 mg d’hydroxychloroquine en prise orale 3 fois par jour pendant 10 jours, associés à 500 mg d’azithromycine le premier jour et 250 mg les jours suivant pendant 4 jours. Pour les pneumonies les plus sévères, un antibiotique à large spectre, la ceftriaxone était ajouté au protocole. Seulement deux patients, âgés de 86 ans et 74 ans, n’ont pas vu leur état clinique s’améliorer. Le premier est décédé, et le second est toujours en soins intensifs.

Bien qu’aucun groupe témoin n’ait été constitué, les chercheurs de Marseille comparent leurs données à celles d’autres études. Ainsi, dans une cohorte chinoise de 191 patients chinois dont les caractéristiques ont été publiées dans le « Lancet », la durée moyenne de la fièvre était de 12 jours et celle de la toux de 19 jours avec un taux de mortalité de 28 %.

Ils citent également d’autres données chinoises tissant un lien entre la charge virale et la sévérité de la pathologie. Or justement : le virus n’était plus détectable dans les prélèvements nasopharyngés chez 83 % des patients marseillais au 7e jour, et chez 93 % au 8e jour. Les tests de culture de virus à partir de prélèvements respiratoires étaient en outre négatifs chez 97,5 % des patients dès le 5e jour. « Ces données ont permis aux patients de quitter l’hôpital plus rapidement, avec une durée de séjour moyenne de 5 jours, estiment les auteurs. D’autres équipes doivent de toute urgence évaluer cette stratégie thérapeutique coût-efficace pour éviter à la fois l’extension de la maladie est pour traiter les patients dès que possible, afin d’éviter des complications respiratoires sévères et irréversibles. »

Deux petits essais randomisés chinois

D’autres études sont également publiées à l’étranger, et notamment en Chine où l’hydroxychloroquine a été évaluée pour la première fois dans cette indication. Sur le site de pré-publication medRixv, les médecins de l’hôpital populaire de Guanghzou ont décrit les résultats d’une étude randomisées portant sur 62 patients (31 patients sous hydroxychloroquine, 400 mg par jour pendant 5 jours et 31 autres bénéficiant de la prise en charge classique). La durée des symptômes et la température moyenne étaient significativement plus courtes dans le groupe sous hydroxychloroquine. Par ailleurs, 80,6 %, des patients sous hydroxychloroquine ont vu leur pneumonie se réduire au cours des 5 premiers jours de suivi, contre 54,8 % des patients du groupe contrôle.

Des résultats qui entrent en contradiction avec ceux des chercheurs de l’université du ZheJiang, portant sur 30 patients répartis entre un groupe sous hydroxychloroquine et un groupe témoin. Un seul patient, issu du groupe sous hydroxychloroquine, a dû être admis en réanimation. Au bout du 7e jour, il n’y avait plus de SARS-CoV-2 détectable dans la gorge de 86,7 % des patients du groupe sous hydroxychloroquine contre 93,3 % des patients du groupe contrôle (une différence statistiquement significative en défaveur de l’hydroxychloroquine). Les durées d’hospitalisation médianes étaient identiques dans les 2 groupes : environ 4 jours.

La non-concordance de l’ensemble de ces résultats plaide en faveur de la nécessité  des essais cliniques en cours qui, on l’espère, trancheront enfin la question.

Le Quotidien du Médecin

avril 3, 2020

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