Hydroxychloroquine et Covid-19 : nouvel essai randomisé chinois… «positif»

Par Dr Philippe Tellier

Les études cliniques sur l’hydroxychloroquine (HCQ) dans le Covid-19, qu’elles soient ouvertes ou contrôlées, se suivent et ne se ressemblent pas. La fièvre médiatique déclenchée par le couple hydroxychloroquine (HCQ) et Covid-19 et amorcée par les travaux du Pr Didier Raoult ne retombe pas. Il y a quelques jours, la publication sur le site du JIM d’un essai randomisé chinois que nous avions jugé négatif (à tort selon certains de nos lecteurs) mais de facto non concluant a fait grand bruit. Elle faisait écho à un essai ouvert de l’auteur marseillais considéré comme… positif (à tort) par nombre d’infectiologues.

Des formes symptomatiques mais « légères »

En toute rigueur, il convient de rapporter les résultats d’une petite étude multicentrique chinoise réalisée à Wuhan dans laquelle ont été inclus 62 patients (âge moyen 44,7+/-15,3 ans ; sexe masculin : 46,8 %) hospitalisés en raison d’une forme symptomatique mais « légère » d’un Covid-19 confirmé (par RT-PCR) entre le 4 février et le 28 février 2020. Il existait une pneumonie attestée par la radiographie ou la tomodensitométrie mais on ne notait pas de désaturation artérielle en oxygène sévère (rapport SaO2/SPO2 > 93%). Les formes graves ont été exclues et aucune contre-indication cardiologique, ni oculaire ou hépatique à l’HCQ n’a été détectée.

Deux groupes ont été constitués par tirage au sort : dans le groupe traité (n=31), l’HCQ a été administrée à raison de 400 mg/jour pendant 5 jours en plus de la prise en charge standard qui a été la seule utilisée dans le groupe témoin (n=31). Cette dernière a pu combiner ad libitum oxygénothérapie, médicaments antiviraux ou antibactériens, immunoglobulines voire corticothérapie au cas par cas. A noter que contrairement à ce que préconise le Pr Raoult, de l’azithromycine n’était pas associée à l’HCQ.

Les critères d’efficacité ont été les suivants : (1) délai écoulé jusqu’à la guérison clinique ; (2) évolution clinique et radiologique. Leur évaluation a été faite au 5ème jour de l’étude. A l’état basal, les groupes se sont avérés

comparables pour ce qui est de l’âge et du sexe, mais aucune autre variable n’a été prise en compte dans l’évaluation de la comparabilité intergroupe, ce qui ne saurait être ignoré car le hasard a ses lois et ses limites…

Avantage clinique… et radiologique à l’hydroxychloroquine

Dans le groupe traité, la disparition de la fièvre est survenue plus rapidement soit 2,2+/0,4 versus 3,2+/-1,3 jours dans le groupe témoin (p=0,0008). 

Pour ce qui est de la toux, elle était présente à l’admission chez 15 patients du groupe témoin (47 %) versus 22 (69 %) dans l’autre groupe et sa rémission a été significativement plus rapide sous HCQ, soit 3,1 +/-1,5 jours vs 2,0+/-0,2) (p=0,0016).

La progression vers une forme grave a été le fait de quatre patients du groupe témoin, contre zéro le groupe HCQ, le seuil de signification statistique n’étant pas cependant atteint du fait de la faiblesse de l’effectif. Les évènements indésirables au nombre de deux uniquement dans groupe HCQ ont été considérés comme « légers ».

Qu’en a–t-il été  d’un point de vue radiologique ? L’analyse subjective des images tomodensitométriques a révélé une amélioration plus fréquente (80,6 %) entre l’admission et le 6ème jour chez les patients du groupe traité versus 54,8 % dans l’autre groupe (p=0,0476).

Il faut encore raison garder

Les résultats de cet essai randomisé, à la différence de ceux d’une autre étude du même type récemment publiée, plaident en faveur de l’efficacité clinique de l’HCQ face à une forme symptomatique mais légère du Covid-19. Ce n’est pas une première : il est rare que les études de faible puissance concordent dans des maladies de ce type et la conclusion de l’article précédent qui avait été jugé négative (autant de l’avis des expérimentateurs que du rédacteur du JIM) allait dans ce sens. En médecine comme en science, une étude unique (même méthodologiquement irréprochable) n’est jamais suffisante pour faire la pluie et le beau temps et pour preuve…

 

Dans ces conditions, qui a raison ? Qui a tort ? Il est difficile de trancher, mais il est clair que d’autres études randomisées sont nécessaires pour alimenter le débat, n’en déplaise à certains. La nécessité d’informer le plus objectivement possible est la mission de la rédaction et des rédacteurs du JIM qui n’ont aucun conflit d’intérêt à déclarer. Il faut simplement raison garder ce qui est difficile par les temps qui courent et rester plus que jamais exigeant sur la qualité de l’information.

Dans les jours qui viennent, les premiers résultats de certains essais multicentriques vont être connus et, dans cette attente, l’usage compassionnel de l’HCQ dans les formes graves du Covid-19 trouve sa justification.

Dans les autres formes, même à la lueur de cette nouvelle étude chinoise, il convient de rester prudent et de s’interroger aussi sur les raisons des divergences entre les essais au risque d’être accusé de passivité : non, c’est de patience qu’il s’agit car vitesse et précipitation ne doivent pas être confondues notamment par gros temps quand la totalité du navire Terre se met à tanguer… et les systèmes de santé lourdement éprouvés aussi.

 

JIM

RÉFÉRENCE

Chen Z et coll. Efficacy of hydroxychloroquine in patients with COVID-19: results of a randomized clinical trial. MedRxiv and bioRxiv 2020 (30 mars) : publiée en ligne. (https://doi.org/10.1101/2020.03.22.20040758).

avril 1, 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.